PHILIPPE SOLLERS

 

  

chirac

 

 

TOUT DESIR EROTIQUE EST EN REALITE UN DESIR DE LITTERATURE

 

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bukowskicasanovaborgestacitefragonarddurasmillerapollinairebretonwatteaupascal

 

 0- voix fleur lumière écho des lumières cascade jetée dans le noir chanvre écorcé filet dès le début c'est perdu

 

1- Le voir ne se détermine pas à partir de l'oeil mais à partir de l'éclaircie de l'être.

 

2- La société et l'apparence ça tend de plus en plus à devenir exactement la même chose.

 

3- l'abolition de plus en plus intensive de la lecture n'est pas autre chose que l'abolition de la formation de l'érotisme.

 

4- Les obsédés de la mort sont les ratés de l'amour physique.

 

5- Nous avons un corps pour nous divertir l'âme et réciproquement.

 

 

warholjoycekristeva

 

6- J'ai toujours cru que les livres étaient des instruments magiques.

 

7- Plus le corps est une limite consciente,plus l'espace est illuminé.

 

8- La culpabilité est une usine de fausse monnaie.

 

9- Nous pourrions être heureux si nous étions en état de présence réelle.

 

10 - Chez l'être humain l'enjeu même de l'affaire érotique,c'est qu'il parle.

 

11- Donc l'interdit majeur va porter maintenant sur la formulation possible d'un nouveau rapport de l'être humain au temps.

 

12- On lutte contre son désir parce-qu'on ne sait pas le dire.

 

bataillelautréamontheidegger

 

13- Le roman est ce paradis où le corps rêve une langue pour réveiller les esprits.

 

14- Votre sexualité est un domestique qui révèle votre esthétique;impossible de tricher:c'est comme ça.

 

15- Lorsqu'on en arrive à une culture générale du surmoi,cette culture devient celle de la pulsion de mort.

 

16- L'existence du langage c'est ce qui reste de l'absence de Dieu.

 

17- Ce que sont en réalité les corps humains n'a que peu de chose à voir avec ceux et celles qui les occupent, la coïncidence est rare, tout s'y oppose, à commencer par les locataires eux-mêmes.

 

18- Les obscénités sont de simples vérifications,une façon de se rappeler le château du dedans,sa clôture,son autre substance.

 

19- Tout le monde croit que la seule réalité humaine est sociale.

 

20- La vérité dérange une alliance secrète de la société avec les tombes .

 

eckhart magrittehanfei

 

 

21- La sexualité a toujours été, contrairement à ce qu'on croit, une question spirituelle, et non organique.

 

22- On est jamais deux,on est quatre, les passions amoureuses sont décrites négativement parce que précissement on croit être toujours deux qui devraient faire un et chacun se retrouve le bec dans l'eau, dans son unicité supposée, avec l'autre qui a une autre idée de l'unicité.

 

23- Son vice aura bien été de revivre ses aventures à coup de plume.

 

24- Tritesse ambitieuse-se méfier des gens tristes:leur hypocrisie ne cache que l'ambition.

 

25- Parlez-nous de misère, de massacres,de viols, mais pas de plaisir, ce bourreau sans merci, ce pourvoyeur de mort spirituelle.

 

26- Apprenons à parler très bas, ou pas du tout, des trucs de ce genre, le contraire de la société, en somme.

 

27- L'être personnel, dans sa liberté exprime ce qu'il veut : l'angoisse, l'ennui; la répulsion, la joie la plus extrême, peu importe, ce qui compte c'est le négatif en lui même et non pas l'évaluation rabaissante qu'en fait un clergé nihiliste 

 

28- Combien peu nombreux sont ceux qui misent sur la souveraine légèreté du néant.

 

29- La perversion n'est rien d'autre que la pression continuelle, sui generis, consistant à obliger à l'adhésion.

 

 

twombly Mdavisholderlin

 

 

30- La peinture n'est pas une image, c'est une chose qui est essentiellement verbale.

 

 

mallarmé claudelmorandjarryparménide

 

kafkadeQuinceystravinski

 

 michaux

 

31- La peinture dit quelque chose que personne ne semble voir et c'est une très bonne façon de savoir comment quelqu'un se situe dans le temps que de lui poser la question de sa vision de la peinture. Vous pouvez vérifier cela à chaque instant avec n'importe qui : les réponses sont extrêmement misérables.

 

 

32- Le sujet a du mal, à s'imaginer qu'il jouit,il en éprouve un violent vertige, c'est trop pour lui ! Sa représentation le lui interdit, et il tient à sa représentation. Il pense ne pas y avoir droit. C'est ainsi que le sujet humain va rester tristement, préférant de beaucoup l'estime que lui donne son empêchement à la perte des repères subjectifs que lui procurerait sa jouissance. Admettons qu'il ait lu tout ça, il préférera quand même son esclavage : la représentation qui le définit ne peut pas supporter cette jouissance incalculable.

 

 

hadynbaconpound flaubertsénèquerodin

 

 

33- Etre ou ne pas être, c'est à dire se représenter ou ne pas se représenter, telle est la question.

 

34- Le charlatanisme universel s'appelle au-delà, demain,plus tard, autrefois, on verra, révolution, restauration, progrès ou apocalypse.

 

35- A peine êtes-vous un corps, que la danse autour de vous s'organise : famille, société, rien ne vous sera épargné pour vous empêcher de jouir, c'est-à -dire d'être plusieurs en ce monde comme si vous y étiez, enfin, magnifiquement seul.

 

 

manetbernharddenon

 

 

36- Quelqu'un qui a tout son temps est un scandale permanent. Cachez-vous, détournez-vous, déconnectez-vous. Laissez-leur le virtuel, l'illusion de la communication générale qui est le contraire de l'infini langage charnel. Soyez impossible : demandez le réel.

 

37- Tant qu'on se fait du corps une représentation d'où "sortirait" du langage, on reste dans cette prise de la volonté et on se coupe de ce qui pourrait s'appeler les jouissances des corps.

  

38- Le vice principal de toute société égalisatrice est l'envie. Cette permanente comparaison est vraiment la quintescence de la vulgarité.

 

39- Optimiste à propos de rien. Il insiste sur rien, il semble sûr de son corps pour rien. Pas de but, ce qui compte, là, tout de suite,c'est la volupté.

 

 

deKooningartaudnabokov 

 

 

40- J'insiste systématiquement sur le fait, que le corps humain n'a rien à voir avec un corps animal. Ce qui est déjà, une chose qui n'est presque plus comprise par personnes.

  

41- Qui a peur de sade et de picasso? En réalité, tout le monde. Pourquoi, au fond? Parce-qu'ils dérèglent profondément et avec vigueur la représentation métaphysique.

  

42- On trouve inquiétant qu'un artiste ait pu dire:"si je vais chez le boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place de l'animal".

 

43- Il faut voir que l'histoire se passe à travers le corps, qu'elle ne passe pas par les idées, mais à travers le corps. C'est pour cette raison que la littérature, l'écriture, est une chose si importante et en apprend si long sur l'histoire.

 

 

44- Qu'est-ce que c'est que d'avoir un corps et un langage? Un corps de langue, un corps qui passe directement dans le dit,dans le dire? La société nous présente un programme de plus en plus aphasique de destruction systématique du langage et du retour au corps purement animal. Je n'en veux pour preuve que les nouvelles procédures techniques de marchandisation des organes et des substances,notamment des substances reproductives.

  

 

45- L'écriture de sade est une prodigieuse invention romanesque dont les mots qu'il emploie anticipent sur la façon dont la technique va arraisonner les corps humains dans l'époque qui va suivre jusqu'à nous...jusqu'aux hormones de croissance, aux greffes, aux fécondations in-vitro, tout ce que vous voulez. Ca devrait sauter aux yeux de quelqu'un d'un peu rêveillé, qui ne serait pas dans l'hypnose ou le farfouillage de plus en plus vain et cloné du corps humain.

 

 

 laclosdantegenetdostoïevski

 

 

aragon pléiadecéline

 

 

freudfaulknernietzschecioran

 

 

46- La stupéfaction que vous pouvez vous donner facilement en lisant n'importe quelle page de sade correspond à la stupéfaction que vous n'avez pas et que vous devriez avoir, à chaque, instant, dans les nouvelles que l'on vous diffuse de ce à quoi vous êtes promis ou promise en tant que corps.

 

 

47- Les dates chez picasso, c'est très important. Les femmes, les dates ! Les femmes sont des dates. Et toute date est peut-être d'une substance féminine.

 

48- Jour après jour, picasso date pour éclairer ses fugues et ses variations certes, mais aussi pour montrer son identité dans ses différences.

 

 

49- Picasso:regarde son sujet - ou sa mort, si on veut - en face. La mort peut se regarder en face:mais il faut du soleil, en soi,pour y parvenir.

 

rothkenza baudelaire

 

montaigneburroughs rimbaud bartheshemingway

 

 

50- L'art est une vaste histoire de chaque instant. La prétendue histoire de l'art est faite, le plus souvent, pour oblitérer cette science possible des moments. Elle parle du spectateur, pas du créateur, elle travaille à la mise - en-spectacle de l'acte, à sa consommation passive. Elle évacue l'histoire hors de l'art, elle fait de celui-ci une activité prévisible rejoignant sans fin le ciel des idées, c'est à dire sa mise-à-prix.

 

 

51- Une désacralisation totale ne peut être envisageable qu'à l'intérieur d'une décision radicalement esthétique.

 

 

52- La sexualité est en train de devenir une tarte à la crème. Contrairement au XIXè siècle, pour faire scandale, il faut dire aujourd'hui que le sexe n'est nullement obligatoire. La dijonction de l'acte sexuel et de la reproduction est un des évènements les plus importants des siècles.

 

 

53- Un peintre qui n'est pas sous la dépendance imaginaire de ses modèles cela fait très mauvais effet. L'artiste doit avoir une vie amoureuse compliquée, active. On n'imagine pas qu'il pourrait poursuivre des orgies réelles en pensée.

 

laFontaine

 

54-- L'ennui? je dirais que c'est tout simplement le psychisme. Isoler la sphère du psychisme, connaître son cercle, sa répétition,en tracer la circonscription. Se situer par conséquent en dehors de lui, c'est ça la question.

 

 

55- On ne brûle plus les livres, les tableaux, les diques, les partitions .Non, on les met entre parenthèses, et le blanc se pose directement dans les cerveaux. Tout est disponible, presque rien n'est accessible. Le désir, c'est du langage chargé, potentiel,qui reçoit, ou non,sa réponse.

 

 

bellowmozart shitao

 

56- Un roman sans luxure est illisible. La luxure c'est le roman, c'est à la fois l'action, la contemplation, la méditation, la multiplicité, la variété, la relativité, l'école pratique de l'espace et du temps, le don des langues, la mathématique vibrante des nerfs et de l'invention ; la victoire toujours renouvelée sur la mort et ses légions pleureuses.

 

 

debordproustlacan

 

 stAugustin

 

57- La connerie, c'est l'auto-intoxication sur la prétendue possibilité de faire coincider l'image et le son.

 

 

58- voilà vous l'avez dit rien ne me manque je n'ai besoin de rien de personne le malheur humain me fait rire la mort me fait rire j'attends une petite salope tout simplement maintenant sa bouche sa peau son cul son parfum ses doigts sensibles savants voilà c'est écrit là lisiblement il me semble qu'un jet de foutre vaut pour toute l'aventure et tout l'univers de l'aventure est-ce qu'on l'a déjà dit à votre avis aussi lisiblement fermement est-ce qu'on l'a déjà déclaré comme ça aussi carrément je répète un jet de foutre vaut pour toute l'aventure et tout l'univers pourri de la prétendue aventure il ne faut pas avoir peur de se répéter

 

59- presque rien côtoiement d'illusion couverture du coeur d'illusion aujourd'hui j'écris

 

 50748 km

 

cézanne 

 

58984 km

 

jospin

 

60- On peut dire que la mort se montre chaque fois que vous commencez à vous voir comme les autres vous voient. 

 

61- Mais enfin, planétairement, l'abri du poétique fondamental est là, à Rome. C'est la papauté. Je dis bien : l'abri du poétique fondamental.

 

62- Si Dieu n'est pas gratuit, qui l'est? Mais dans la société où nous sommes, qui n'est autre que la subjectivité absolue, évaluant sans cesse, l'instant de la donation s'ouvre-t-il?...Je pense que cet instant n'est pas dans le repli par rapport à la souveraineté de la technique...mais au contraire en plein poison de cette souveraineté, en plein négatif. Cela change beaucoup par rapport à la représentation de la métaphysique ancienne: le salut est au coeur du péril.

 

63- L'instant qui nous renvoie à la détresse. Autrement, c'est la détresse de l'absence de détresse. C'est une question d'épiphanie.

 

64- ...Pour la société de notre temps, subjectivité absolue, que tout ce qui la remue dans l'ordre dit du sexuel n'est pas autre chose qu'un accrochage au subjectif...Le sexe n'est rien d'autre que de la subjectivité...On ne va pas laisser sortir Rimbaud comme ça de cette affaire, du coup de revolver, de la légende...

 

65- Il faut, dans ces histoires de poésie, être absolument implacable. Dante nous le demande, syllabe par syllabe, ternaire par ternaire. Et Rimbaud nous y oblige...Ce qui, évidemment, va à l'encontre de la "légende douloureuse", comme dit Isidore Ducasse:"l'erreur est la légende douloureuse."

 

66- Approuver son corps n'est pas à la portée de l"insecte manqué"...L'humain n'aime pas son corps. Il l'adore éventuellement, mais il ne l'aime pas... Nous voyons ici apparaître le mal souhaité au prochain. Ou comme j'aime dire : on fait de son proche un reproche. L'évangile moderne est : tu détesteras ton prochain comme toi-même.

 

dominiqueRolinrenoiralinaReyes

 67- Et poutant la nature est très belle.

 

68- La sexinite se remarque par l'entrave du rapport au langage.

 

69- La diabolisation de la sexualité vient de loin. Elle vient en fait de toujours. Mais nous n'en sommes plus là, aujourd'hui. La diabolisation du sexe a fait place à son instrumentalisation. Au fond, cela revient au même. Il s'agit d'une mutation du refoulement. Dans ce nouveau régime, il n'y a plus à se prémunir d'une effraction par la volupté, qui ferait apparaître la force du chaos. Ce qui arrive, c'est un pacte entre Eros et Thanatos. Si le sexe et la mort ont toujours eu partie liée dans la métaphysique, ce lien s'avère maintenant l'élément même de la sexualité.

 

70- Les obsédés du sexuel me paraissent aujourd'hui de plus en plus pathétiques. La sexualité comme telle a perdu son importance. Il lui est dévolu désormais une fonction de recouvrement : la sexualité masque, elle ne révèle plus.

 

71- Le roman d'aujourd'hui doit être le réveil, par tous les côtés à la fois, de la poésie.

 

72- Nous changeons d'ère, qui n'a rien à voir avec une fin de l'histoire, où l'individu voué au collectif est privé le plus possible de toutes ses ressources intimes. Il y a deux opérateurs pour que ça aille vraiment jusqu'au bout. 1: le priver de son corps autant que possible, empêcher que chaque sens puisse provoquer une interrogation. 2: appauvrir, sous forme de publicité ou de pornographie, le langage. On peut voir là le noeud nouveau où la servitude volontaire, comme d'habitude s'engouffre.

 

73- Récusation du social, ça veut dire invention d'un lieu et d'une formule où viendrait, en même temps que la nature et la substance féminine qui est du même ordre, se présenter tout ce qui a pu se formuler comme propos dits poétiques. Mythiques ou poétiques.

 

74- La nature se présente, et pourtant elle était là depuis la nuit des temps. Une hypothèse me vient donc : et si la substance féminine en tant que telle était du même ordre que la nature, que les fleurs, les arbres, l'eau...

 

gouldvoltaire beckettponge stSimon rûmîsterne

75- Qui a dit que la Terre pouvait chanter? C'est une vallée de larmes ou d'animation culturelle. Des installations, des décorations, des forçages, des préciosités bâclées, peu d'oeuvres, c'est-à-dire peu de répétitions maîtrisées, c'est -à-dire le moins possible de musique. Or la sculpture est faite pour être entendue avec le corps tout entier devenu rythmique.

 

76- Sans musique, pas de dessin, de tableau, de volume révélé à lui-même. Pas de mots non plus, sinon morts.

spinozacarpeaux monk

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